Ressources pour le secourisme en France
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Arrêt cardio-respiratoire : la double défibrillation, une technique émergente à connaître sur le terrain

La défibrillation rapide reste le pilier du traitement des arrêts cardiaques sur trouble du rythme ventriculaire, en particulier la fibrillation ventriculaire. Mais il arrive que, malgré plusieurs chocs successifs et les manœuvres habituelles de réanimation, la fibrillation ventriculaire persiste : on parle alors de fibrillation ventriculaire réfractaire.

Dans ce contexte, une nouvelle technique commence à faire parler d’elle : la double défibrillation. Présentée dans une récente vidéo du Docteur François-Xavier Moronval (connu sous le pseudo de Doc FX), le Docteur Nicolas Peschanski, urgentiste au CHU de Rennes et formateur en médecine d’urgence, expose l’intérêt de cette approche pour les cas les plus réfractaires.

Principe de la double défibrillation

L’idée, issue d’études canadiennes, est d’utiliser deux défibrillateurs avec deux couples de palettes/électrodes, placés selon deux vecteurs différents : habituellement l’un en antéro-latéral (comme enseigné dans les recommandations à ce jour), et le second en antéro-postérieur. On délivre alors deux chocs quasi-simultanés (décalage de 0,3 à 0,5 s), ce qui permet de couvrir une plus grande surface myocardique et d’augmenter les chances de restauration d’une activité circulatoire spontanée.

Les résultats de ces études montrent une augmentation significative du taux de ROSC (retour à la circulation spontanée) et une meilleure survie à la sortie d’hospitalisation, y compris sur le plan neurologique.

Quelle place aujourd’hui dans la pratique ?

Pour le moment, la double défibrillation n’est pas encore intégrée dans les recommandations européennes de réanimation, notamment en raison de contraintes logistiques (présence de deux défibrillateurs sur place) et de disparités matérielles selon les pays. Néanmoins, la technique apparaît déjà dans les recommandations internationales comme une alternative dans les arrêts cardiaques réfractaires.

En France, dans la réalité du terrain, la situation se présente régulièrement : les sapeurs-pompiers ou secouristes interviennent en premier avec leur DSA, et lorsque le SMUR arrive, il dispose également de son propre défibrillateur. Il est donc tout à fait envisageable de réaliser une double défibrillation, en plaçant le second couple de palettes en antéro-postérieur et en synchronisant l’action avec l’équipe déjà en place.

Sécurité : y a-t-il des risques particuliers ?

Les études canadiennes font état de très peu d’effets secondaires (environ 0,6 % de la cohorte), essentiellement de rares brûlures cutanées, sans impact sur la survie ou la récupération du patient. Le rapport bénéfice/risque reste donc largement en faveur de la technique, d’autant qu’il s’agit de patients en situation critique.

Points clés à retenir pour les secouristes

Si vous voyez le SMUR installer un second défibrillateur sur un ACR, c’est une démarche réfléchie et validée scientifiquement pour les cas réfractaires.

La double défibrillation s’effectue après au moins trois chocs inefficaces en position classique.

Rester en appui et faciliter la coordination entre équipes : l’efficacité du geste dépend aussi de la communication sur site et de la bonne synchronisation des chocs.

Pour approfondir la technique et écouter l’expérience du Dr Péchanski, retrouvez la vidéo complète ici :

En tant que secouristes, gardez à l’esprit que les pratiques évoluent et que la double défibrillation pourrait s’intégrer dans un avenir plus ou moins lointain dans nos protocoles. Ne soyez donc pas surpris d’y assister lors de vos prochaines interventions sur un ACR.

Une technique actuellement hors recommandations secouriste : la décision reste médicale

A ce jour, la double défibrillation reste une technique hors recommandations pour les secouristes. Sa mise en œuvre sur le terrain ne relève que d’une décision médicale, prise par le médecin du SMUR en fonction de la situation clinique et de l’évaluation du rapport bénéfice/risque.

En tant que secouristes, il est essentiel de respecter cette démarche : l’initiative et la responsabilité d’utiliser cette technique appartiennent uniquement à l’équipe médicale présente. Votre rôle reste d’assurer le maintien d’une prise en charge optimale du patient, de faciliter la coordination entre équipes et de suivre les consignes du médecin référent.